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La beauté Réflexion de Jan Pincemaille d’après « les Cinq méditations de François Cheng »

                                           Giovani Busi, Venise, 1485

Réflexion de Jan Pincemaille d’après « Les 5 méditations » de François Cheng

La salvatrice beauté

La beauté est un concept aussi délicat que subtil, son appréhension est à la fois innée et difficile à cerner. Pourtant, même un enfant y est naturellement sensible. Mais ce mystère demeure complexe à expliciter. Pour Kant, le beau serait ce qui plaît universellement, de manière désintéressée et sans concept. Selon lui, la beauté ne se prouve pas, elle s’éprouve.

Pourtant, nous savons combien la beauté se plie aux caprices des modes, des valeurs culturelles ou morales en perpétuel changement. François Cheng, lui, tisse un lien ténu entre beauté et bonté, les percevant comme deux facettes d’une même essence. Il interroge : existe-t-il un geste de bonté qui ne soit pas beau ? N’est-il pas vrai que le don, par nature, est qualifié de beau geste ?

Le poète estime que la beauté n’est pas figée, et qu’elle est mouvante, émouvante. Et pourtant, c’est une évidence : la beauté existe, elle est partout autour de nous, comme une merveille omniprésente. Chacun de nous a déjà fait l’expérience du beau, qu’il s’agisse de la splendeur de l’univers, de la majesté de la nature, de la grâce d’un corps, d’un geste ou d’une sublime image. Rimbaud, dans son éclat visionnaire, écrivait : « Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème de la Mer, infusé d’astres et lactescent… » Ainsi, l’artiste s’inspire de cette beauté charnelle et universelle pour en distiller l’essence dans son œuvre.

L’irradiante beauté

La beauté, par son énigmatique splendeur, nous éblouit et transcende le réel. La vraie beauté dépasse les apparences, elle dépasse la simple esthétique plastique : singulière et universelle, elle surgit là où la présence devient essence, et où sa profonde présence s’incarne. Cheng pense que par sa nature désintéressée, la beauté poétise le monde.

L’auteur conçoit la beauté comme un avènement, une invitation à la re-connaissance, à la transfiguration, et à la célébration de ce qui nous renvoie à la notion du sacré. Dostoïevski, quant à lui, proclame dans cette même veine : « La beauté sauvera le monde. »

La révélation de la lumière

Les artistes adorent la beauté de la lumière, ils composent sans cesse avec. La rencontre entre la beauté et celui qui la contemple ne se produit que dans certaines circonstances et sous certaines lumières. Elle donne parfois l’impression de vivre une expérience unique. 

Comme ce marin, glissant sur son voilier, fasciné par les scintillements du soleil couchant sur la mer et qui semblent le suivre à l’infini. Aussi, dans ces instants rares, la beauté semble nous parler, s’adressant directement à nous dans une sorte de relation interpersonnelle, aussi dense qu’intimiste. Les artistes en font leur ancrage. C’est le sujet même de leurs oeuvres lorsqu’elles nous révèlent la toute puissance de leurs créations.

L’attirante beauté

François Cheng est persuadé que la beauté est généreuse, irradiant de l’harmonie autour d’elle. En ce sens, l’écrivain pense que la beauté révèle la splendeur cachée des êtres, les éveillant à leur propre lumière intérieure. Il écrit : « La beauté suscite la beauté ». 

Le poète l’envisage comme une entité lumineuse et bienveillante. Il cite nombres d’artistes (poètes, peintres et photographes) qui s’intéressent justement à l’instant sublime où la beauté resplendit, où elle se densifie, devenant captivante. Lorsqu’on se trouve face à un tel choc esthétique, l’effet est comparable à celui du coup de foudre amoureux. Une attirance passionnelle, presque électrique, telle qu’illustrée dans son paroxysme par le syndrome de Stendhal, où l’âme vacille sous l’intensité du sublime.

La beauté se laisse désirer

La beauté, mystérieuse et désirable, existe bien au-delà du regard. Même voilée, comme une montagne dans la brume, elle demeure. Cheng pense que la beauté n’a pas à se justifier, elle n’a pas le souci d’être vue. « La beauté ne se sait pas beauté ». 

Pourtant, l’auteur est intimement convaincu que c’est dans la rencontre avec le regard qui la contemple qu’elle s’incarne véritablement. Pour lui, c’est à ce moment précis qu’elle devient véritablement vivante, épanouie, prête à se révéler, avec grâce, dans sa délicatesse infinie. Le poète estime que la beauté possède le souffle de la vie.

Le jeu amoureux

Le regard porté sur la beauté serait peut-être celui par lequel elle nous contemplerait à son tour. Dans ces échanges, en chiasme de regards croisés, l’observateur et l’observé se rejoignent dans un silencieux dialogue respectueux. Comme par un renversement des choses dans un jeu amoureux, la beauté semble admirer celui qui la regarde. 

Les poètes parlent de cette rencontre bouleversante, ce face-à-face où la créature et le créateur entrent en fugace dialogue. L’art, dans ce moment, devient le lieu inspirant où naissent des alliances profondes et fusionnelles et qui, de fait, élèvent et transcendent les êtres.

Notre passé a un bel avenir

Quand nous nous souvenons des émotions que la beauté a fait naître en nous, nous nous relions, inconsciemment, à tous ceux qui ont ressenti cette force avant nous, et à ceux qui, dans l’avenir, la rencontreront. 

Depuis la nuit des temps, ce fil invisible traverse les âges, unissant les âmes autour de l’expérience universelle du beau. Ainsi, la beauté construit des alliances, au sens étymologique, elle fait religion.

La transcendante splendeur de la beauté

Pour Diderot, l’art révèle. Il nous apprend à voir ce que nous ne percevons pas d’ordinaire. Cheng ajoute que l’art réunit matière et esprit : « C’est la figure de l’infinie dans un fini ». Dans cette union, les contradictions s’apaisent, trouvant leur résolution dans une harmonie profonde, telle celle du Yin et du Yang comme figure de proue.

L’art, par son souffle vital, joue à transfigurer le réel, à le sublimer dans une dimension d’éternité. Silencieux, l’univers semble suspendu à l’attente du regard humain comme un hommage offert à sa beauté. D’ailleurs, la scrutation des astronomes participe peut-être de cette attente démesurée ? 

La beauté ultime semble appartenir à l’âme, ce lien qui unit l’homme, le divin et la nature. Et parfois, dans un éclat fugace et pudique, la beauté des choses se reflète dans l’âme de l’artiste, élevant la création toute entière.

Ô divine beauté, toi qui lies les cieux à la terre, je te contemple et t’aime infiniment, et c’est maintenant à vous que j’offre ce beau cadeau.

Special drinking vessel in the shape of a sphinx, Athene 470 av JC, Poterie

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